07 August 2017 / public affairs /

La réaffirmation du centre par Lutgen et Macron

Les récents développements politiques en Belgique francophone ont donné un coup de boost médiatique et politique à un cdH luttant pour sa survie. En France, l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence a modifié le rapport de force politique traditionnel entre le parti socialiste et les Républicains. Ces deux exemples, associés aux bonnes perspectives de réélection de Merkel en Allemagne, démontrent la volonté de réaffirmer la force du centre dans le clivage « gauche/droite ».  Le centre est à nouveau ‘trendy’ en Europe.

Macron, ce modèle centriste

L’élection du jeune président français peut en avoir surpris plus d’un, notamment au vu de son manque d’expérience politique, mais nul doute qu’elle ait été finement préparée. Emmanuel Macron a commencé sa carrière professionnelle dans le secteur privé, auprès de la banque d’affaires Rothschild & Cie, et a rejoint par la suite le cabinet du président Hollande avant d’être nommé ministre de l’Economie en 2014. Son expérience dans le milieu bancaire (qui a l’oreille des partis de droite) couplée à sa participation au gouvernement socialiste sous Hollande lui ont permis de développer une identité centriste, indépendante de toute couleur politique. Sentant qu’il avait une bonne carte à jouer dans la course présidentielle suite aux tensions au sein du PS et aux déboires judiciaires chez Les Républicains, il s’est jeté dans la bataille avec le résultat que l’on connaît.

Macron, une source d’inspiration pour Lutgen ?

Il n’est pas impossible que le président du cdH, Benoît Lutgen, se soit inspiré de l’évolution politique outre-Quiévrain avant d’annoncer le 19 juin dernier ne plus vouloir gouverner dans les entités fédérées avec le PS. A l’agonie dans les sondages d’opinion (le dernier en date réalisé par Dedicated Research faisait du cdH le 5ème parti en Wallonie et le 6ème à Bruxelles), Benoît Lutgen a voulu réaffirmer la position centriste de son parti en défaisant le cdH de l’image d’un parti inlassablement scotché au PS. Afin de créer de nouvelles coalitions gouvernementales dans les entités fédérées, Benoît Lutgen savait qu’une alliance avec le MR s’imposait. Ce scénario s’est concrétisé en Wallonie : le MR et le cdH gouvernent maintenant la Région avec une courte majorité et ont, par la même occasion, relégué le PS sur les bancs de l’opposition. Grâce à cette manœuvre politique, le cdH est lui aussi en passe de renforcer sa position centriste sur l’échiquier politique.

Les élections en ligne de mire

La réaffirmation du centre a joué en faveur de Macron lors des présidentielles françaises de 2017 mais n’est toutefois pas synonyme de victoire électorale assurée. En Belgique francophone, le cdH ne peut surfer sur la vague de la nouveauté comme a pu le faire Macron en France. Cela étant, un vent nouveau souffle sur la Wallonie depuis l’entrée en fonction du gouvernement Borsus puisque les deux partis au pouvoir ont réussi à chasser le PS de l’exécutif wallon. Il reste maintenant 21 mois au cdH pour engranger des succès politiques avec le MR. S’il y parvient, le cdH aura démontré sa faculté à ne pas favoriser un parti politique à un autre et aura réaffirmé du même coup la force du centre. Cela suffira-t-il pour renverser la situation délicate dans laquelle le parti se trouve actuellement ? L’effet Macron sera-t-il salvateur pour le cdH ? Premiers éléments de réponse lors des élections communales de 2018.

Bertrand Wyns
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